Pl. 01 — Le programme
Pl. 01 — Le programme
Le programme
Savoir ce qu’on veut avant d’ouvrir une IA
En bâtiment, on n’appelle pas cela un cahier des charges mais un programme : la description de ce que l’ouvrage doit permettre, écrite avant qu’on ait dessiné le moindre mur. C’est le document que personne ne rédige, et c’est celui qui décide de tout.
Un maître d’ouvrage ne commande jamais « un bâtiment ». Il commande un endroit où loger douze personnes, vendre du pain ou ranger des archives. Le bâtiment est le moyen. Un site web obéit exactement à la même règle : il n’est pas le livrable, il est le moyen d’obtenir quelque chose que vous n’obtenez pas aujourd’hui.
Quand vous demandez « fais-moi un site », vous demandez un moyen sans avoir dit la fin. L’IA, qui ne sait pas rester en suspens, comblera le vide toute seule : elle inventera un objectif plausible — être moderne, inspirer confiance, présenter votre savoir-faire — et construira très correctement pour cet objectif-là. Le résultat sera propre, présentable, et hors sujet.
La phrase-objectif
Tout commence par une phrase, et une seule. Elle nomme l’action que vous voulez voir se produire chez quelqu’un qui n’est pas vous. Elle ne contient ni adjectif, ni intention vague, ni le mot « professionnel ».
- « Faire décrocher mon téléphone à des gens qui ont une fuite d’eau ce soir. »
- « Faire réserver une table pour samedi soir, sans que j’aie à répondre. »
- « Faire télécharger mon tarif à un architecte qui compare trois menuisiers. »
- « Faire venir douze personnes à un atelier le premier samedi du mois. »
Comparez avec ce qu’on écrit d’ordinaire : « présenter mon activité », « avoir une vitrine », « être visible sur internet ». Aucune de ces trois formules ne dit ce que quelqu’un doit faire. Aucune ne permet, six mois plus tard, de savoir si le site a travaillé ou s’il a dormi.
Ce que vous mesurerez
La mesure n’a pas besoin d’être savante. Le nombre de clics sur votre numéro. Le nombre de réservations qui citent le site. Le nombre de fois où un client dit « je vous ai trouvé sur internet ». Choisissez la mesure la plus grossière que vous pouvez relever sans effort, et notez sa valeur d’aujourd’hui — zéro, le plus souvent. C’est votre point zéro, et il ne se retrouve jamais après coup.
Cette mesure sert deux fois. Aujourd’hui, elle vous force à écrire un objectif atteignable. Dans six mois, elle est la seule chose qui vous dira s’il faut retoucher le site ou le laisser tranquille.
Ce que le site ne fera pas
Un programme se définit autant par ses exclusions. Écrivez ce que le site ne fera pas : pas de boutique, pas de prise de rendez-vous en ligne, pas de blog. Non par modestie, mais parce que chaque fonction non exclue sera proposée, discutée, à moitié construite, et vous coûtera des jours pour rien.
C’est le premier endroit où votre autorité de maître d’ouvrage s’exerce. Vous n’avez pas à justifier un refus. « Pas de formulaire de contact » est une décision complète.
Le budget et le délai, même quand ils sont nuls
Un chantier sans budget ni délai n’est pas un chantier gratuit et infini, c’est un chantier qui ne finit pas. Fixez les deux, même petits, même arbitraires : « deux week-ends » et « le prix du nom de domaine ». Ils ne servent pas à contraindre l’IA — elle s’en moque. Ils servent à vous donner le droit d’arrêter.
Voici le programme de mon site, en une phrase : « [votre phrase-objectif] » Ce que je mesurerai : [votre mesure] Ce que le site ne fera pas : [vos exclusions] Ne construis rien pour l'instant. Réponds à ces trois questions : 1. Qu'est-ce que cette phrase ne dit pas, et que tu serais obligé d'inventer si je te demandais de construire ? 2. Ma mesure est-elle observable sans outil supplémentaire ? 3. Quelles fonctions vas-tu être tenté de proposer alors que je ne les ai pas demandées ?
Ce prompt ne produit pas de site. Il produit la liste de vos angles morts, et c’est exactement ce que vous cherchez à ce stade. Un programme qui résiste à ces trois questions est prêt à devenir un brief.